Les origines

Les origines du Silat en France

Le Pencak Silat, art martial indonésien, a été introduit en France par le Maître Adityo Hanafi 7ème dan.

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Maître Adityo Hanafi

Après de nombreuses années d’études et de recherches, Maître Hanafi a créé le style Palero, synthèse de plusieurs styles indonésiens.

Adityo Hanafi est né sur l’île de Java. Issu d’une famille dont les ancêtres furent de célèbres guerriers et pratiquants de Silat, Adityo Hanafi se retrouva rapidement sur les traces de ses prédécesseurs puisqu’il aborda le Penchak Silat à l’âge de 11ans.

La fréquentation des plus grands maîtres de son île lui permit d’acquérir un savoir impressionnant à une rapidité non moins étonnante.

Arrivé en France, après quelques années passés à Cuba, en 1973, Maître Hanafi fonda la fédération internationale de Palero Penchak Silat.

 

Entretien avec Maître Adityo Hanafi.

 

J-P Maillet : «Le Penchak et le Silat ont deux origines différentes. Comment les avez-vous découverts puis pratiqués réunis ?

Adityo Hanafi : C’est une tradition familiale. Mon père est originaire de Sumatra et ma mère de Java. A Sumatra l’art est appelé Silat et à Java il se nomme Penchak ; aussi pour moi, à travers mes parents, il y avait déjà une réunion des deux styles.

Il y a longtemps, les habitants de Java et ceux de Sumatra étaient continuellement en guerre. Après l’indépendance et la formation de l’Indonésie, ils appelèrent l’art de combat le Penchak Silat, en référence à l’organisation « Ikatan Penchak Silat Indonésia ». Mais avant ce qui me semble être une décision politique, je me souviens qu’au temps de ma jeunesse tout le monde en Indonésie ne connaissait pas le Silat.

Aujourd’hui le Silat moderne est très connu mais auparavant cet art appartenait aux familles de guerriers. C’était beaucoup plus sacré qu’aujourd’hui. Il n’y a ni Penchak ni Silat sans but spirituel. Cela signifie qu’il faut maîtriser notre esprit et notre corps à travers la pratique d’un art martial.

La différence entre le Silat de Sumatra et le Penchak de Java est uniquement d’ordre technique. Les Javanais utilisent beaucoup les poings et les bras, tandis qu’à Sumatra ils utilisent le style « harimau » qui est basé sur le travail des jambes des sauts. Mais à la base, les deux arts ont un but spirituel, celui de chercher et de trouver de trouver la lumière de la vérité.

J-P M. : Le Silat propose-t-il une religion à suivre en particulier ?

A.H. : Dans certaines parties d’Indonésie, on considère qu’il le faut, mais l’intelligence et la sagesse nous dictent qu’il n’est pas nécessaire de devenir musulman ou de suivre une autre religion pour connaître le Silat. Ce qui est important c’est de croire en la puissance du cosmos. On peut dire que cette puissance c’est l’islam, le christianisme, le shamanisme ou l’hindouisme, mais la puissance est toujours la puissance. Il n’y a qu’une puissance, elle dépend de soi et de la façon dont on l’interprète.

J-P M. : Quel fut votre entraînement à vos débuts ?

A.H. : Comme je l’ai déjà dit, à l’époque le Silat était quelque chose de pratiquement inabordable de l’extérieur. De nos jours c’est un peu comme le Karaté et le Kung Fu alors que de mon temps il fallait être initié. Je devais respecter un certain régime durant la semaine. Le premier jour je pouvais manger 7 bols de riz à quatre heure du matin, puis plus rien. Le second jour j’était autorisé à manger 6 bols de riz et ainsi de suite au fur et à mesure de la semaine jusqu’au 7e jour où je ne pouvais ni manger ni boire d’eau. Je devais méditer, devant la tombe du grand-maître afin de recevoir sa bénédiction. Je n’était pas autorisé non plus à dormir ; nuit et jour je devais réciter un mantra, et le jour suivant je fus accepté dans l’art sacré du Silat.

Après cette initiation le grand maître m’enseigna le Langka. Ce fut ma première initiation, mais dans l’art véritable l’initiation ne s’arrête jamais. C’est pour cela qu’il est très difficile de pratiquer l’art véritable. Sur 200 personnes qui viennent me voir il n’y en a pas plus de quatre ou cinq qui désirent apprendre le vrai Silat.

J-P M. : Ces notions ancestrales sont-elles encore applicables de nos jours ?

A.H. : Nous pouvons, utiliser les techniques que les guerriers du passé utilisaient pour survivre, afin de nous protéger des vicissitudes de la vie. Par exemple, dans les temps anciens, le guerrier pouvait apprendre les méthodes qui l’aidaient à connaître son destin dans la bataille. Aujourd’hui, dans la ville, nous pouvons appliquer ces techniques pour apprendre à se protéger et à deviner à quel moment on risque d’être en danger et d’avoir un accident.

Si de nos jours le pratiquant ne comprend pas que le Silat doit aboutir à la spiritualité, il ne manquera les enseignements du passé, la foi dans le Silat, dans la fraternité. Il n’apprendra qu’a frapper et s’arrêtera là. Ce n’est pas le vrai Silat. C’est seulement une partie du sport, mais les vrais arts martiaux, quels qu’ils soient, alors chacun d’entre nous vers un but à atteindre, la paix et le succès dans la vie. C’est la nouvelle bataille du vingtième siècle ! Auparavant les guerriers se battaient dans la jungle et contre les envahisseurs ; la bataille continue, mais sous une autre forme.

Ainsi, je dis, nous pouvons appliquer les techniques des anciens guerriers aux temps modernes. Il est important de continuer notre entraînement, car sans celui-ci le corps n’est jamais touché. Si le corps ne fait pas mal, votre esprit ne sait pas ce qu’est la souffrance. Si votre esprit ne souffre pas, vous ne pouvez pas apprendre le respect pour les autres car vous vous sentez très bien ainsi. Si vous ne pensez pas aux autres vous ne pouvez pas vivre avec la puissance du naturel et si vous vous contentez de vivre comme cela, les accidents et les mésaventure surviendront. »

( texte : J-P Maillet )

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